Pierre Thuillier, Contre le scientisme

Pierre Thuillier, Contre le scientisme

par Pierre Thuillier

“Bref, « la science » est plus que la science ; c’est-à-dire plus que la science dite pure. Elle est, en intime association avec la technologie, impliquée dans la plupart des innovations qui modèlent et transforment notre univers quotidien (et plus précisément ce qu’on appelle les « conditions matérielles » de notre existence). Mais son dynamisme ne s’arrête pas là. Fondée sur un certain nombre de normes et de présupposés, elle impose à son tour (plus ou moins brutalement, plus ou moins explicitement) certaines façons de penser, certaines valeurs, certaines manières de percevoir le monde, de se percevoir soi-même et de percevoir les autres.

Cela ne signifie pas qu’il y ait un complot délibéré, soigneusement préparé pour établir le règne d’un nouveau type d’homme, l’homo scientificus. Cela ne signifie même pas que les scientifiques soient tous conscients de toutes les conséquences de toutes leurs activités spécialisées. Plus simplement, je veux dire que « la science », au sens large du mot, incarne une certaine philosophie pratique, une certaine attitude à l’égard de la réalité. Et que « la science », aujourd’hui, joue le rôle de savoir dominant. C’est à elle qu’il faut se référer pour connaître « la vérité » ; et donc pour savoir ce qu’il faut faire. Culturellement, socialement, politiquement, ce fait me paraît majeur ; et, à tort ou à raison, je l’ai toujours présent à l’esprit lorsqu’il est question de « la science ».”
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“Du moins puis-je préciser ce que j’entends par scientisme. Au sens strict, c’est l’attitude pratique fondée sur les trois articles de foi suivants : primo, « la science » est le seul savoir authentique (et donc le meilleur des savoirs…) ; secundo, la science est capable de répondre à toutes les questions théoriques et de résoudre tous les problèmes pratiques (du moins si ces questions et ces problèmes sont formulés correctement, c’est-à-dire de façon « positive » et « rationnelle ») ; tertio, il est donc légitime et souhaitable de confier aux experts scientifiques le soin de diriger toutes les affaires humaines (qu’il s’agisse de morale, de politique, d’économie, etc.).”
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“[…] Mais le fait remarquable, je le répète, c’est que ce scientisme omniprésent est à la fois (et paradoxalement) visible et invisible.

Visible ‑ car nous constatons de nos yeux le rôle croissant de la science et de la technique, le pullulement des experts ad hoc ; et divers discours idéologiques témoignent d’une foi militante en « la science ». Mais invisible ‑ en ce sens que les fondements et les visées ultimes de ce scientisme ne sont pratiquement jamais exposés en toute clarté sur la place publique. Tout se passe, au fond, comme si ce scientisme allait de soi ; comme s’il était inutile (ou indiscret…) d’en exposer les postulats ; comme s’il n’y avait pas lieu de s’interroger sur l’utopie politique dont il est indissociable et sur la véritable nature de la techno-scientocratie qu’il nous prépare.”
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“Ce qui justifie, si l’on peut dire, cette naïveté scientiste, c’est la croyance à la neutralité et à l’objectivité de « la science » en tant que démarche cognitive. Car telle est bien la grande fierté (ou l’une des plus grandes fiertés) de l’Occident : « la science ». C’est-à-dire la science pure. Les autres civilisations avaient des savoirs médiocres, magiques, folkloriques, religieux, biaisés, dépourvus de rigueur. Tandis que nous, nous avons réussi à mettre au point « la méthode expérimentale ». Grâce à elle, nous sommes parvenus à élaborer des connaissances objectives. Et il se trouve que ces connaissances objectives se sont révélées efficaces. Heureuse coïncidence. Mais qui ne doit pas trop nous surprendre. Nos connaissances sont les meilleures, elles sont objectives ; pourquoi donc (en plus) ne seraient-elles pas utiles pour l’action ? Ainsi va l’interprétation courante, qui met l’accent sur le fait que « la science » (la seule, la vraie, la nôtre) est en quelque sorte philosophiquement et socialement inodore. Pour saisir la vraie nature de « la science », il suffit de se rendre compte qu’elle est fondée sur quelques exigences épistémologiques fondamentales : faire taire les préjugés personnels, éviter tout présupposé métaphysique (pouah !), faire des expérimentations systématiques afin que les faits puissent parler. Rien n’est plus limpide. Écouter « la science », c’est écouter la voix des faits. Que vouloir de plus en matière de connaissance pure ?”
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“En 1974, lors d’une conférence générale tenue à Paris, l’UNESCO déclare : « La solution de tous les problèmes, quels qu’ils soient, passe nécessairement par le progrès objectif de la connaissance. » Le Pr Hamburger, de son côté, est catégorique : « Nous avons une issue et une seule : aller plus avant sur le chemin de la connaissance. » Et significativement, dans un ouvrage intitulé Pour la science [1], le communiste Joë Metzger cite et reprend à son compte cette même formule. Car, déclare-t-il, il faut revaloriser cette valeur : le progrès scientifique. Autant qu’on puisse voir, d’ailleurs, « la science » transcende les oppositions idéologiques. Descartes et Marx, Pasteur et Engels, Leprince-Ringuet et Lénine ‑ tous, unis dans un même combat, sont là pour clamer l’impérieuse nécessité du recours à « la science ».”
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“[…] Mais acceptons telles quelles toutes ces remarques marginales, toutes ces précautions plus ou moins convaincantes. Un fait n’en demeure pas moins assez évident : à travers les textes que j’ai évoqués et tous ceux qui leur ressemblent, c’est un véritable culte de la science qui se manifeste.

Or il me paraît dangereux de diffuser un tel culte sans ouvrir un débat de fond sur les effets pratiques du développement de « la science ». Nous vivons en effet dans un monde où les experts dits « scientifiques » deviennent de plus en plus envahissants. C’est bien normal, dira-t-on. Qu’y a-t-il d’étrange, par exemple, dans le fait que l’on recoure à des spécialistes de l’électronique pour faire réparer les postes de télévision ? Notre société tire maints avantages du progrès scientifique et technique ; elle y est attachée. Pourquoi s’inquiéter de la prolifération des experts en tout genre ? Pourquoi éprouver des réticences devant une évolution qui, tout compte fait, a amélioré et devrait continuer à améliorer les conditions de vie de l’humanité ? Acceptons donc que tout devienne « scientifique » : les dentifrices, les sexologues, les discours des économistes, les cuvettes de WC, les enquêtes et les sondages, la publicité, les experts qui donnent des conseils au tiers monde, les politologues, les spécialistes de la sélection professionnelle, les futurologues, les rasoirs électriques, les agences matrimoniales, la gestion des entreprises, la mesure des « inégalités » humaines, les chaussettes triboélectriques du Dr Duschmoll, l’entraînement des sportifs, les comités de planification, la lutte antipollution, les poudres pour machines à laver, l’étude de la délinquance juvénile, etc. Le seul problème, selon la formule consacrée, concerne la prise en charge et l’orientation du progrès scientifique et technique. Comme disait l’autre, nous n’avons besoin que d’un « supplément d’âme ». Tous les gens sérieux sont d’ailleurs d’accord : « la science » est un outil ‑ il suffit de savoir s’en servir intelligemment. Par exemple en se référant à des idéaux humanistes ou socialistes.

C’est une façon de voir les choses. Et je dois avouer que, au sens strict, je ne suis pas capable de la réfuter ; encore moins de la réfuter « scientifiquement »… Mais je la crois tout à fait insuffisante et je voudrais dire pourquoi.”
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“En deux mots comme en cent, il est artificiel de parler de « la science » et de « la technique » comme si elles étaient transcendantes à « la société », comme si elles obéissaient à une sorte de logique interne complètement indépendante des facteurs externes (c’est-à-dire économiques, politiques, culturels, etc.). Surtout si on prend en compte l’évolution des techniques, ce dualisme est insoutenable. Car les innovations techniques se déploient au contact du social, quel que soit le sens exact qu’on donne à ce mot ; et en liaison étroite avec des « projets », des « demandes », des « besoins », etc., qui émanent des diverses catégories d’acteurs sociaux. Le sénateur Barry Goldwater avait donc de bonnes raisons, compte tenu de la structure des sociétés dites avancées, pour parler du « complexe scientifique, militaire et industriel ». Une autre formule, couramment utilisée, me semble aussi exacte et commode : non seulement la science et la technique sont dans la société, mais la société est présente dans l’entreprise scientifique et technique [4].”
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“Conformément à l’idéologie dominante que j’ai plusieurs fois évoquée, il est admis une fois pour toutes que les connaissances dites scientifiques sont objectives, transcen­dantes par rapport aux opinions philosophiques ou politiques. Aussi « la science » est-elle neutre. Ce qu’on appelle la méthode scientifique, c’est précisément l’ensemble des normes et des procédures grâce auxquelles on s’assure de l’adéquation entre la théorie et la réalité. Il n’y a donc qu’une « science » ; et Bogdanov, par exemple, avait tort de distinguer entre une « science bourgeoise » et une « science prolétarienne ». C’est d’ailleurs pour cela que les scientifiques de tous bords peuvent coopérer et promouvoir le progrès du savoir, qu’ils soient chrétiens ou athées, réactionnaires ou révolutionnaires. Récemment, dans l’article du journal Le Monde que j’ai déjà cité, Paul Caro le réaffirmait solennellement : « Il n’y a rien de métaphysique dans la science. »”
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“Mais, si on s’intéresse à la production et à la consommation sociale des connaissances, il semble légitime de soupçonner l’existence de multiples complaisances et imprudences. Pour le dire sans fioritures, les hommes de science eux-mêmes et les vulgarisateurs sont plus enclins à diffuser de manière triomphale les succès qu’à présenter des bilans critiques.

Plusieurs expériences me l’ont appris : il est difficile d’obtenir des scientifiques qu’ils exposent de façon nette et explicite les lacunes (parfois énormes) et les difficultés (parfois graves) dont ils connaissent l’existence dans leurs domaines de recherches. On voit bien pourquoi. Mais cette discrétion n’est pas sans inconvénients et risque toujours d’engendrer une vision exagérément flatteuse des « vérités scientifiques » actuellement acquises. Sur le plan pratique, elle renforce abusivement le prestige et le pouvoir des experts.”
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“J’ai bien suggéré au passage que « la science » n’était pas si neutre que cela ; mais sans vraiment remettre en question le principe même de son autonomie. Or c’est là que je veux maintenant en arriver : non pas seulement à montrer que « la science », à cause de ses imperfections de fait, conduit à des théories et à des pratiques douteuses, mais à suggérer que le projet scientifique idéal, intrinsèquement, se confond avec un certain projet philosophique, avec un programme socioculturel qui n’est aucunement neutre.”
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“L’idée de départ, c’est que toute activité cognitive présuppose des choix fondamentaux. Par exemple, la connaissance peut être subor­donnée à des objectifs de type religieux. Connaître, c’est découvrir l’ordre établi par les dieux (ou par Dieu). L’étymologie du mot théorie est à cet égard instructive. Il vient d’une racine grecque qui signifie regarder, observer, contempler. Ce qui nous rappelle que la connaissance « théorique » n’a pas toujours eu le sens que « la science » lui donne aujourd’hui. Sa finalité n’était pas de fournir des savoirs efficaces (au sens moderne). Mais de révéler comment le monde était organisé, comment une certaine « perfection » y était réalisée, comment s’y manifestaient certaines « intentions », etc. Une telle attitude nous apparaît comme très passive. Mais elle a été (et est encore) courante dans de nombreuses sociétés. Le christianisme, en particulier, a longtemps conçu la connaissance comme un effort pour découvrir et contempler le « plan divin ». Au XIXe siècle encore, de très nombreux ouvrages consacrés à l’étude de la nature proclamaient cet idéal : le véritable savoir devait élever l’âme humaine en lui dévoilant « la bonté, la sagesse et la puissance de Dieu » à travers les richesses de la Création. Car « les deux racontent la gloire de Dieu »… Ces présupposés, aux yeux d’un homme de science moderne, ne sont guère « objectifs ». Mais ils ont tout de même rendu possible l’acquisition de divers savoirs. Quoi qu’il en soit, on peut voir là l’illustration d’une thèse générale : toute société engendre des connaissances qui constituent une appropriation du monde adaptée à un certain mode de vie, à une certaine organisation collective, à certaines valeurs socioculturelles, etc.”
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“Quitte à préciser par la suite, avançons une réponse : ce qui caractérise notre « science », c’est le désir de dominer, d’exploiter, de manipuler. Évidemment, nulle part il n’existe une charte officielle sur laquelle il suffirait de mettre la main pour savoir à quoi s’en tenir. « La science », comme on dit, n’a pas de sujet. Il ne faut donc pas s’attendre à ce qu’une autorité légalement constituée nous fasse savoir quelles « intentions » ont présidé à sa naissance… Et la notion de « projet », bien sûr, doit être prise pour une simple métaphore. Mais divers indices existent ; et il nous est possible de procéder à un examen des circonstances historiques dans lesquelles l’entreprise scientifique a pris forme. Parmi ces indices, relevons par exemple les déclarations bien connues de Francis Bacon et de René Descartes. Le premier affirmait expressément que le savoir et le pouvoir allaient de pair ; le second, que les hommes devaient devenir « comme maîtres et possesseurs de la nature ». Mais Bacon et Descartes peuvent passer pour des témoins contestables — qui ont plutôt forgé une idéologie scientifique que contribué à créer « la science » proprement dite. Essayons donc de poser le problème dans une perspective historique plus concrète.”
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“Mais une mutation remarquable s’opéra avec la montée des bourgeois : désormais les activités pratiques, c’est-à-dire non guerrières et non cléricales, allaient être socialement valorisées. D’où un changement de mentalité allant dans le sens de l’efficacité et du « rationalisme ». Rationalisme qui, au départ, n’avait pas de prétentions métaphysiques ; mais qui correspondait à des préoccupations éminemment concrètes (organisation de la production, gestion des affaires, amélioration des produits, comptabilité, etc.). Car un homme d’affaires, s’il veut gagner de l’argent, doit déployer une activité méthodique et dépasser la routine. Un opuscule florentin du XIVe siècle, intitulé Conseils sur le commerce, se montre tout à fait explicite là-dessus : « Quelle erreur que de faire du commerce empiriquement ; le commerce est affaire de calcul (si vuole tare per ragione). »”
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“Concrètement, cette transition d’une société centrée sur Dieu à une société centrée sur le commerce, l’industrie et la recherche du profit ne s’est réalisée qu’à travers des modalités complexes et parfois très subtiles. Les prises de conscience ont souvent été lentes, des tentatives de conciliation ont eu lieu ; et puis il fallait compter avec l’inertie de ce que Marx appelle les superstructures. Mais un processus clairement orienté était enclenché. Celui qui devait mener d’un monde où dominaient les cathédrales à un monde où dominent les banques (aussi bien au sens social qu’au sens architectural de l’expression…). Pour l’histoire des idées et de la culture, les conséquences se révéleront cruciales. Dans les cités marchandes se manifeste en effet « une soif de connaissances pratiques ou théoriques autres que religieuses » [8]. Autrement dit, l’ascension du bourgeois « se manifeste également sur le plan intellectuel ». Ainsi s’exprime Yves Renouard, qui précise : « Une nouvelle culture laïque, bourgeoise, technique apparaît à côté de l’ancienne culture toute littéraire et d’expression latine dont les clercs avaient le monopole. »”
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“Car « la science » doit apparaître comme une activité pure et désintéressée, voire comme une aventure spirituelle. Il est d’ailleurs remarquable que la plupart des historiens des sciences, en France, se situent dans cette tradition idéaliste et analysent l’entreprise scientifique comme si les seuls intérêts de la Connaissance (avec un grand C) étaient en jeu. Au sens strict, ce n’est pas une « erreur ». Il est en effet évident que « la science » veut produire et produit des savoirs ; et que l’étude proprement épistémologique des méthodes et des résultats des diverses disciplines est à la fois possible et intéressante. Mais cette manière de concevoir l’histoire des sciences est extrêmement étroite et encourage une indéniable myopie culturelle (pour ne pas dire une idéologie mystificatrice…). On finit par oublier que « la science », considérée dans un large contexte historique, est inséparable d’un mouvement visant à la « rationalisation de l’existence » (selon une formule de Jacques Le Goff). Du point de vue pratique, pourtant, il se pourrait que cette complicité fondamentale entre l’entreprise « scienti­fique » et une entreprise proprement sociale soit lourde de conséquen­ces à plus ou moins long terme. Elle signifie que, à l’intérieur même de « la science », une certaine philosophie est à l’œuvre. Philosophie qui n’est pas toujours visible ; mais qui détermine largement les effets sociaux de ces fameuses connaissances dont tant de bons apôtres nous affirment la neutralité.”
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“C’est pourquoi, selon moi, on ne méditera jamais assez sur un texte tel que celui-ci, dû à Yves Renouard : « Tous ces hommes d’affaires [de la fin du Moyen Age] ont en commun le désir de savoir, de comprendre, de voir clair. Pour être bien informés, assurément. Mais, en suscitant perpétuellement ce besoin, c’est une curiosité d’esprit essentielle que leur métier développe en eux. Ils éprouvent constamment le désir de connaître les faits et les événements pour en prévoir d’autres et en tirer profit. L’expérience suscite en eux la certitude que tout fait a une cause, que, pour prévoir, il faut d’abord savoir et que, en toutes circonstances, il est nécessaire d’avoir des données précises, exactes et complètes. Cette conscience profonde qu’une bonne information permettra l’action fructueuse par des prévisions judicieuses, c’est la démarche logique même de la pensée rationnelle. Les hommes d’affaires italiens du XIVe siècle agissent comme s’ils croyaient que la raison humaine peut tout comprendre, tout expliquer et diriger toute action ; ils ne l’expriment pas clairement mais leur comportement montre qu’ils le sentent sans le formuler : ils ont une mentalité rationaliste. » De là sortira « la science ». Mieux encore, c’est tout le développement de la société commercialo-industrialo-scientifico-technocratique qui est inscrit dans cette espèce de programme pratique qu’est le rationalisme bourgeois…”
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“Culturellement, Galilée sert à incarner « la science » en tant qu’activité théorique ; et il est tacitement entendu que la rationalité théorique a une valeur absolue. Mais, si l’on en croit Galilée lui-même, il semble que cette interprétation soit un peu courte. On pourrait tout aussi bien soutenir que la rationalité dite « scientifique » est consubstantielle à la rationalité économique des bourgeois florentins !”
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“Tout ceci, évidemment, pourrait servir à confirmer la proposition énoncée plus haut : « la science » n’est pas seulement dans la société, mais la société est présente dans la science même.”
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“En deux mots, les changements économiques et sociaux qui ont abouti au précapitalisme et au capitalisme sont inséparables d’un changement de mentalité ; et, quand le pouvoir temporel a été aux mains de la classe bourgeoise, le pouvoir spirituel est lui-même passé sous le contrôle de cette classe. Ainsi s’explique que, sous des formes culturelles réputées nobles (littérature, art, science, etc.), cette mentalité réaliste et rationaliste soit omniprésente ‑ et pas toujours reconnue. D’où la nécessité de dépasser le pur économisme et d’analyser comment, de façon à la fois discrète et profonde, les valeurs propres aux nouveaux entrepreneurs se sont incarnées dans la culture en général et tout spécialement dans « la science » que l’on s’obstine encore à présenter comme pure.”

” Ce qu’il faut mettre en évidence, c’est que « la science » dans son ensemble fonctionne selon des normes ontologiques et méthodologiques directement dictées par une « vision du monde » bien déterminée.”
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“Significativement, d’ailleurs, les discussions sur la valeur de « la science » se terminent neuf fois sur dix par une référence à son efficacité pratique. Mais le plus fort, c’est que ce critère de l’efficacité est spontanément perçu comme le critère évident de la vérité. Car « la science », bien sûr, ne doit pas apparaître comme une entreprise foncièrement utilitaire ‑ ce serait déshonorant pour une corporation d’honnêtes chercheurs qui ne visent qu’à étendre le champ de nos connaissances pures. Mais un heureux hasard, comme toujours, a voulu que la vraie « science » soit expérimentale. C’est-à-dire merveilleusement accordée aux idéaux pratiques d’une société de marchands, d’industriels et d’ingénieurs.”
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“Car une loi scientifique peut être vue comme une pure connaissance : elle révèle une corrélation entre certains phénomènes. Le schéma est bien connu : si A, alors B. Ou encore, moins rudimentairement : si A varie de telle façon, alors B varie de telle façon. Mais ce langage théorique est immédiatement traduisible dans la perspective de l’action : si tu veux B, alors fait A, etc. Dire que « la science » est opératoire, c’est tout simplement désigner cette aptitude intrinsèque à fonder l’action efficace. Aptitude qui n’est pas due à un mystérieux hasard. Mais au fait que « la science » (c’est-à-dire la science occidentale) a été construite par des acteurs sociaux dont les schémas mentaux étaient spontanément « activistes ».”
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“Mais le but de ce bref essai n’est pas de sonder les cœurs et les reins des scientifiques en tant qu’individus. Il est de s’interroger sur le sens social de l’entreprise « scientifique ». Dans cette optique, il semble légitime d’interpréter celle-ci comme obéissant de l’intérieur à un désir de puissance, à une volonté de domination et de manipulation. Désir et volonté qui ne s’expriment pas toujours en toute clarté (c’est le moins qu’on puisse dire), mais qui définissent son rôle effectif. Tout compte fait, Bacon et Descartes ont donc bien vu le coup… A savoir que les connaissances nouvelles dont rêvaient leurs contemporains devaient constituer un instrument d’action, au sens le plus large du mot. « Savoir, c’est pouvoir. »”
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“Répétons-le, une telle conception n’implique pas un utilitarisme vulgaire, centré sur le succès à court terme. Seule « la science » la plus parfaite permettra à l’homme d’acquérir la puissance maximale. Ce qui revient à dire que l’empirisme doit être dépassé ; et qu’il ne faut pas craindre le détour de la théorie pour parvenir au but. Mais, cela étant bien compris, l’orientation générale n’en demeure pas moins nette : enracinée dans une certaine pratique sociale, « la science » elle-même a vocation pratique. Vocation qui se concrétise le plus naturellement du monde, entre autres, dans les alliances intimes et multiformes qui l’unissent à la technique. Comme l’écrivait en 1921 le physicien anglais Norman Campbell : « Science pure et science appliquée sont les racines et les branches de l’arbre de la connaissance expérimentale ; théorie et pratique sont inséparablement entremêlées ‑ et si on les écartait l’une de l’autre, on causerait un grave dommage aux deux »”
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“L’étonnant, c’est que le mythe de la science pure ait la vie aussi dure ‑ cela en un temps où « la science », autour de nous, apparaît comme une fabuleuse fournisseuse de savoirs opératoires ; où elle se révèle indissociable de toute une série d’entreprises économiques ; et où la publicité la plus tapageuse est faite à propos des « révolutions » qu’elle doit engendrer demain. Bossuet, lui, y voyait plus clair. Dans son Sermon sur la mort, il savait mettre en évidence que la finalité de « la science » était de changer la face du monde. Car l’homme, selon l’Écriture, a été formé par Dieu « pour être le chef de l’univers ». D’aucuns discuteront la nécessité et la valeur de cette légitimation théologique de l’entrepreneur moderne. Mais, sur le fond, l’essentiel est dit.”
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“Les auteurs de science-fiction, même s’ils accumulent les erreurs de détail et les exagérations fantastiques, ne font rien d’autre que d’explorer les plus évidentes potentialités de l’entreprise « scientifique ».”
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“L’homme de l’avenir, c’est le spécialiste ; et la société de l’avenir c’est une société où grouilleront des dizaines de milliers de spécialistes, toujours plus étroitement spécialisés et de plus en plus compétents. Comme ils seront très intelligents, ils se rendront d’ailleurs compte que l’excès de spécialisation engendre des méfaits. Alors naîtront des superspécialistes, les meilleurs de tous, qui se spécialiseront spécialement dans la science qui aura pour objet d’étudier les conséquences néfastes résultant de l’abus de la différenciation spécialisatrice. Et, avec un peu de chance, nous aurons sans doute des supersuperspécialistes qui, toujours mus par la rationalité et l’objectivité, s’occuperont de régler les problèmes engendrés par les superspécialistes.”
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“Car « la science » et « l’esprit scientifique », avec constance, travaillent partout à modifier nos conditions d’existence, nos manières de sentir et de penser. En principe, nous connaissons le sens général de cette transformation. Mais il n’est pas si facile d’en mesurer l’obscure puissance, d’en saisir toutes les ramifications.”
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“Cette dynamique, concédons-le, se heurte à divers obstacles ‑ à des résidus de morale judéo-chrétienne, par exemple, ou de sagesse paysanne, ou de philosophie humaniste. Mais, semble-t-il, elle constitue au jour d’aujourd’hui un phénomène majeur. Ce qu’on appelle le déclin des idéologies, finalement, doit peut-être être interprété comme un aspect du mouvement historique dont « la science » est à la fois l’expression la plus caractéristique et l’agent privilégié. On pourrait illustrer cela en se référant à des exemples particuliers. Soit la pilule. La question pourrait être : combien faut-il de déclamations pontificales pour faire contrepoids aux possibilités que cette découverte apporte ? Soit l’arsenal militaire moderne. Question : quelle est la signification réelle des discours sur la paix dans une société où s’épanouit royalement une « science » qui, depuis plusieurs siècles, a intériorisé un rêve de domination et d’exploitation (de la nature…) ? Mais, dans le présent contexte, l’accumulation de tels exemples risque fort de paraître superficielle. Simplisme pour sim­plisme, autant se référer à ce qui constitue sans doute la plus exemplaire des traditions « scientifiques » : le mécanisme.”
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“La biologie occidentale, historiquement, apparaît comme une force destinée non pas seulement à améliorer la médecine, l’agriculture, l’aménagement du milieu naturel, etc. ; mais à influer directement sur notre vie culturelle, morale et politique. Les auteurs de ce rapport admettent d’ailleurs expressément que la biologie va probablement « apporter des changements dans notre société et nos mœurs ». Ce qui les amène à poser le problème général : quel rôle va jouer cette discipline scientifique dans le développement social ? La réponse est prudente et (bien sûr) rassurante : les biologistes n’ont ni la possibilité ni l’intention de dicter aux populations des normes éthiques ou politiques ‑ « ils ne peuvent que constater les conditions de possibilité des évolutions dont ils se bornent à repérer les termes ».”
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“Comme le dit le rapport Gros-Jacob-Royer : « C’est à partir d’une certaine idée de l’homme qu’on peut utiliser la biologie au service de celui-ci. A elle seule la biologie ne peut rien. »

Cette dernière phrase, précisément, me pose un problème. Est-il si clair que « la biologie, à elle seule, ne peut rien » ? Cela est tranquillement énoncé comme s’il s’agissait d’une évidence parfaite que tout homme de bon sens se doit d’accepter. Or, dès lors qu’on est conscient de la philosophie mécaniste qui anime la biologie occidentale, cette évidence devient plutôt trouble. Bien sûr, l’idée abstraite de « biologie » ne peut rien ‑ de même que l’idée d’ « homme », en tant que telle, est incapable de marcher et d’agir… Mais la biologie, en tant qu’institution, est d’emblée intégrée à une entreprise opératoire. Soit directement, dans la mesure où elle vise à lutter contre les maladies ou à améliorer les espèces (moutons, porcs, hommes, etc.). Soit indirectement, en tant que productrice de savoirs analytiques et expérimentaux, conçus systématiquement dans l’optique d’une action possible. […] Déjà, dans sa texture même, la biologie occidentale est liée à un programme d’action ; déjà, par sa manière de concevoir l’explication du vivant, elle privilégie un certain type d’anthropologie, une certaine vision de l’homme.”
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“Arrive alors cette phrase, dont les premiers mots sont méthodiquement imprimés en capitales dans l’original : « organiser scientifiquement l’humanité, tel est donc le dernier mot de la science moderne, telle est son audacieuse mais légitime prétention. » Car c’est bien évident : « La science seule peut fournir à l’homme les vérités vitales sans lesquelles la vie ne serait pas supportable ni la société possible. »”
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“La synthèse finale et idéale, celle qui manifestera que « la science » est parfaite, ce sera l’édification même d’un nouveau monde. D’un monde qui sera à la fois totalement artificiel et totalement humain. C’est d’ailleurs à ce moment-là seulement que « la science » sera irréfutable : tout étant conçu et construit par l’homme, une sorte de transparence régnera. Comme le pouvoir pratique des experts s’exercera partout, toutes les résistances et les opacités qui caractérisent encore « la réalité » s’évanouiront. La rationalité scientifique ne sera plus un mythe épistémologique, mais un état de fait, conçu et imposé par une élite ad hoc.”
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“Car ce n’est pas moi qui le dis, mais Wilson lui-même : la sociobiologie n’est pas seulement une théorie, mais le fondement privilégié d’une universelle compétence morale et politique. Jusqu’ici, les hommes se fiaient aux religions, aux philosophies, aux idéologies politiques. Maintenant c’est fini. Les sociobiologistes sont habilités à devenir (et doivent pratiquement devenir) les experts d’une nouvelle « planification » de la société, les organisateurs d’un monde enfin rationnel. ”
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“Ce « physicalisme », dans le principe, légitime toutes les interprétations biologiques qui valorisent le rôle des atomes et des molécules. Il explique, en particulier, l’espèce de culte dont la génétique fait l’objet à l’heure actuelle. L’ADN (c’est-à-dire la molécule d’acide désoxyribonucléique) devient l’équivalent de la « pierre philosophale » [28]… Car son rôle, dans les phénomènes d’hérédité, est primordial. La « double hélice » prenant valeur de symbole, confirme que le secret de la vie peut et doit être raconté dans le langage des molécules. Et le fait est que, du point de vue de « la science », cette métaphysique analytique et mécaniste s’est révélée féconde. Il est bien normal, en conséquence, que des sociobiologistes comme Wilson s’efforcent d’aller plus loin, encore plus loin. Opérer une complète « réduction » des phénomènes sociaux en termes physico-chimico-génétiques, c’est un idéal conforme aux plus vieux désirs de « la science » occidentale.”
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“Au départ, il y avait le monde de la vie, au sens banal et naïf que les non-scientifiques donnent à l’expression. Un monde parfois gai et parfois triste, où les hommes éprouvent des sentiments et des émotions, où ils cherchent leur voie, aiment, luttent, etc. Puis arrive « la science », neutre et objective : il ne reste plus que des atomes, encore des atomes, toujours des atomes. Et des experts en atomes, qui nous enseignent, toujours neutres et objectifs, que nous devons vivre « scientifiquement » ; à savoir comme des conglo­mérats d’atomes, comme de gros édifices moléculaires dont ils sont seuls à connaître la vraie nature. Curieusement, nos nouveaux maîtres spirituels nous font revenir à la vieille affirmation biblique : l’homme est poussière et redeviendra poussière…”
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“Au passage, il est expressément affirmé que le savoir et la politique sociobiologiques incarnent le véritable « matérialisme scientifique ». On se prend à rêver d’une situation idéale où tous les spécialistes, imitant les sociobiologistes militants, expliciteraient les présupposés de leurs recherches et procéderaient à l’examen de leurs conséquences proches ou lointaines… Mais c’est précisément l’occasion de redire que notre système d’enseignement et de recherche, en pratique, fait obstacle à tout projet de ce genre. Il est entendu que « la science » est pure et qu’elle doit le rester. Ce serait une atteinte à l’objectivité si un chercheur osait préciser noir sur blanc, dans une communication « officielle », ses divers présupposés philosophiques (aussi bien épistémologiques que sociaux).”
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“Car je ne crois pas que la solution, s’il en existe une, consiste à recréer volontairement un nouvel âge des cavernes ou je ne sais quel paradis primitif. Mais théorie et pratique sont intimement liées. Ce qui signifie que « la science » ne peut se transformer réellement que si « la société » elle-même se remet en question et opère de nouveaux choix fondamentaux. N’espérons donc pas que « la science », grâce à je ne sais quel pouvoir spécial, va se muer demain en une nouvelle divinité tutélaire et nous convertir à une nouvelle utopie. En fait, on a « la science » qu’on mérite. Précisément parce que l’entreprise « scientifique » incarne un projet social, elle ne peut se réorienter que si ce projet lui-même est soumis à des révisions plus ou moins radicales. Or, au jour d’aujourd’hui, nous n’en sommes pas là.”
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“Il est bien dommage, décidément, que les implications pratiques de la philosophie propre à « la science » ne soient pas plus souvent et plus clairement exposées. Nous l’avons vu, « la science » aime manier des réalités quantifiables, des réalités objectives. Du point de vue de l’action, qu’est-ce que cela signifie ? Tout simplement que, petit à petit, le triomphe de l’esprit « scientifique » impose une certaine perception de notre environnement naturel et de notre environnement social. En apparence, la chose est bénigne : nous vivons dans un certain monde (appelons-le le monde de l’action) — et « la science » nous offre seulement le moyen de mieux le connaître. Mais, en raisonnant ainsi, on sous-estime l’aspect constructif des connaissances dites théori­ques. Et, en même temps, on sous-estime l’influence exercée sur les populations par ces mêmes connaissances. Ce qui se passe, en fait, c’est que « la science », forte de son prestige, nous habitue à adopter une interprétation tout à fait particulière du monde où nous vivons, du monde de l’action. Ce phénomène est général et a des conséquences sociales énormes.”
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” Après la physique, la biologie se mathématise, ainsi que la psychologie, la sociologie et l’économie. Il suffit d’attendre : demain, quand les méthodes seront assez perfectionnées, toutes les réalités quelles qu’elles soient se laisseront scientifiquement objectiver.”
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“Quand on lui dit que « tout est quantifiable », il peut donc s’imaginer que l’intervention des scientifiques quantificateurs ne tire pas à conséquence. Le monde où nous vivons est ce qu’il est ; même quand les biologistes, les psychologues, les sociologues et les économistes l’auront quantifié, il restera ce qu’il était — avec les mêmes couleurs, les mêmes odeurs, la même présence familière. Bref, la connaissance est neutre. Et la réalité est indépendante de cette même connaissance. Les scientifiques et les experts sont donc inoffensifs : libre à eux de tout quantifier (pour les besoins du Savoir Pur), tout sera comme avant.

Or, justement, je crois qu’il n’en est rien. « La science », en fait, transforme les objets qu’elle étudie ; elle les reconstruit autrement, c’est-à-dire en les soumettant à ses schémas spécifiques. Et puis, parce qu’elle est puissante sur le plan socioculturel, elle amène les gens à voir ces mêmes objets d’un autre œil, à les « sentir » d’une autre manière. Finalement, c’est le monde de l’action lui-même qui est transformé.”
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“« La science », elle, ne fait pas de sentiment. A la manière de Procuste, elle torture les phénomènes jusqu’à ce qu’ils cadrent avec les schémas ontologiques qu’elle a choisis de leur imposer. Ainsi (voir plus haut) « la science » adore mesurer. Cela signifie-t-il qu’elle peut tout mesurer ? Certainement pas. Mais tout se passe comme si un choix hardi et appauvrissant était arbitrairement mis en œuvre : il est décidé, par autorité, que seules sont importantes les réalités mesurables (ou que seules sont vraiment « réelles » les réalités mesurables…). En ce sens, « la science » se manifeste comme une véritable police socioculturelle. Perpétuellement, elle est amenée à décréter que ceci est « réel », que cela ne l’est pas. Et, par mille canaux, elle inculque aux citoyens la « bonne » manière de voir et d’interpréter leurs expériences personnelles ou collectives [30].”
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“Bref, « la science » pense pour nous. Et encore ne sommes-nous qu’à l’aurore de la rationalité objective ; demain seulement brillera le grand soleil. La scientificisation intégrale ne nous sera pas simplement offerte ; mais objectivement imposée. Les braves « scientifiques », toujours neutres et désintéressés, n’y voient pas malice. S’ils travaillent à nous quantifier, à nous moléculariser et à nous atomiser, ce n’est que pour faire progresser la théorie. Le Savoir, vous dis-je, le seul Savoir. Mais enfin, derrière les « savants », grouillent les experts ; et la vision du monde instaurée par les premiers a pour effet direct de préparer l’avènement des seconds.”
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“Cette phrase est significative : « Le savoir scientifique, tiré des songes d’une révélation inspirée, c’est-à-dire surnaturelle, peut se découvrir aujourd’hui en même temps “écoute poétique” de la nature et processus naturel dans la nature, processus ouvert de production et d’invention, dans un monde ouvert, productif et inventif. » C’est bien séduisant, verbalement. Mais, me semble-t-il, les considérations épistémologiques des deux auteurs ne touchent pas à l’essentiel. Car la thermodynamique et la mécanique quantique modifient sans doute l’image que nous nous faisions du « savoir scientifique ». Et l’on perçoit mieux, aujourd’hui, les limites de la philosophie mécaniste. Mais en résulte-t-il que le projet majeur de « la science » se soit transformé ? Je crains, pour ma part, que les arbres ne cachent la forêt ; et que la sophistication de certaines spéculations nouvelles ne fasse oublier le fait socialement important. A savoir que « la science », même enrichie par une théorie des fluctuations, demeure fondamentalement un instrument de pouvoir, un moyen d’objectiver et de dominer tout ce qui peut être objectivé et dominé.”

Tiré de Et vous n’avez encore rien vu …

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